En voici quelques lignes :
Tiens! un gros point noir semble arrêter l'index frétillant. C'est Paris.


La physique des catastrophes de Marisha Pessl
Présentation de l'éditeur
« Bleue Van Meer serait une adolescente américaine tout à fait ordinaire. Sauf que, à cinq ans, elle perd sa mère dans un accident de voiture et que son père, un intellectuel
exubérant et excentrique, la ballotte désormais d'une ville universitaire à l'autre, vers de nouvelles aventures, toujours sur la route. Ils vivent une relation fusionnelle, multiplient les
joutes oratoires, se lancent dans des citations savantes, refont l'histoire de la littérature et de la physique quantique. Mais un jour, elle découvre le cadavre pendu d'Hannah Schneider, son
professeur préféré. Que peut-elle bien faire? Suivre les conseils paternels et reconstituer l'histoire, avec rigueur, un zeste de comique, si possible, et moult anecdotes. Cela suffira-t-il à
élucider le drame et à percer les secrets d'un entourage plus mystérieux qu'il n'y paraît? Mine de rien, sous couvert de jeu et d'humour.
Marisha Pessl propose une vision critique inédite de la société consumériste américaine. À la fois noir, drôle et poignant, ce roman étourdissant de verve et de brio nous offre une héroïne
inoubliable et marque l'entrée en scène fracassante de Marisha Pessl, conteuse née et enfant prodige de la jeune littérature américaine. »
J'aime :
Le style drôle et original ( à la manière d'un mémoire, avec citations et références livresques et cinématographiques la plupart du temps
inventées, voire quelques illustrations).
Parce que c'est plutôt bien écrit, agréable à lire.
Le personnage principal : une lycéenne de 16 ans très attachante.
La relation père( séduisant professeur universitaire) - fille touchante.
Le clan du Sang bleu et les différentes personnalités qui le composent.
L'idée du roman d'apprentissage (fuite de l'adolescence, perte des illusions) qui se termine en thriller.
J'aime moins :
Les nombreuses digressions et anecdotes pas toujours utiles à l'histoire.
Les citations en cascade ( on en perd le fil du récit ).
L'intrigue qui traîne en longueur. (l'action commence véritablement à la troisième partie).
Quelques extraits :
« Papa disait toujours qu'il faut une sublime excuse pour écrire l'histoire de sa vie avec l'espoir d'être lu . A moins que ton nom ne soit comparable à ceux de Mozart, Matisse, Churchill, Che Guevara ou Bond – James Bond -, il vaut mieux que tu consacres ton temps libre à peindre avec tes doigts ou à pratiquer le palet, car personne, mis à part ta pauvre mère aux bras flasques et aux cheveux rêches qui te couve d'un regard tendre comme du veau, ne voudra écouter le récit de ta pitoyable existence, laquelle s'achèvera sans doute comme elle a commencé – dans un râle. »
« C'était le mois d'octobre. Papa fréquentait une femme sans importance du nom de Kitty (une sauterelle que je n'avais pas encore eu le plaisir de chasser de notre moustiquaire). Pourquoi passait-il du temps avec un chat de gouttière alors qu'il pouvait s'offrir un persan? (Cette vision me venait sans doute du goût prononcé de Hannah pour les chansons de Peggy Lee, toujours à se lamenter sur la Crazy Moon, et de Sarah Vaughan, qui pleurnichait sans cesse au sujet de son Lover Man ). »
«Le parking semblait en état de guerre. Nous étions stationnés loin de chez nous, à plusieurs océans de là, inquiètes de tout ce que nous ne pouvions pas voir. Leulah était en état de choc, le dos raide comme un mât, les yeux magnétisés par la porte. Jade incarnait notre sergent bourru, fatigué et parfaitement conscient qu'aucune parole ne nous réconforterait (...) Moi aussi je vivais mon Vietnam. J'étais le soldat craintif qui finit par mourir sans héroisme d'une blessure qu'il s'est lui-même infligé en faisant gicler le sang comme du jus de raisin. »
« Elle me lança un regard intense, et j'acquiesçait par automatisme. Or, je voyais vraiment de quoi elle parlait. Léonard de Vinci, Martin Luther King, Gengis Khan, Abraham Lincoln et Bette Davis : à la lecture de leur biographie, on comprenait que, à l'âge d'un mois déjà, alors qu'ils gazouillaient dans un berceau au milieu de nulle part, ils avaient le sens de la postérité. Comme certains sont doués pour le Base-ball, le calcul mental, le stock-car et le hula hoop, eux étaient doués pour la postérité, avec une tendance à attraper froid ou à être impopulaire, voire handicapé ( ainsi le pied-bot de Lord Byron et le sévère bégaiement de Maugham) qui les poussait à un exil mental. »
« Et pourtant je dois annoncer une mauvaise nouvelle aux amateurs de Marat et de Sade : chez un individu sain d'esprit, la torpeur dépressive dure dix, onze, douze jours maximum. Ensuite, l'esprit se rend à l'évidence : cet état a l'utilité d'un unijambiste dans un concours de coups de pieds et, si on n'arrête pas tout de suite de se laisser aller au vent, hop là youp là boum, prends l'oseille et tire-toi, on risque de ne jamais s'en sortir (voir « Aller au petit coin » : nos chères expressions, Lewis, 2000). »
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